Le saviez-vous? Tout un pan de l’histoire est sur le point de s’éteindre. Dans certains cas, c’est presque déjà le chaos total. Je parle ici des légumes du patrimoine, des variétés traditionnelles et souvent ancestrales qui ne trouvent plus leur place dans les étals des marchés depuis fort longtemps. Cultivées par nos grands-parents, nos ancêtres, ces variétés potagères anciennes retrouvent depuis quelques années leurs lettres de noblesse grâce à la passion de plusieurs jardiniers amateurs, grainetiers spécialisés et organismes sans but lucratif qui osent les préserver, les perpétuer, les étudier et encourager leur culture.
Tout ce mouvement s’inscrit parfaitement dans l’idée de préserver la biodiversité de notre planète, qu’elle soit végétale, animale, sociale ou alimentaire. Nivellement par le bas ou homogénéisation oblige, les tablettes de nos supermarchés écartent systématiquement les tomates et poivrons difformes, mais tout autant digestes. L’apparence et la perfection règnent donc jusque dans nos sacs d’épicerie! Les semences du patrimoine vont à l’encontre de cette perfection obligée et remettent au goût du jour le plaisir du jardin potager, du partage et de la découverte culinaire. Un mode de vie qui s’inscrit en faux face aux diktats de la surconsommation et du rythme effréné qui mène nos existences.
Le marché de la semence ancienne
Si le cœur vous en dit et que vous désirez participer à cet effort de préservation tout en garnissant votre potager personnel de variétés anciennes de légumes, un monde s’offre à vous. Que vous soyez en France, en Belgique, ou au Québec.
Du côté français, l’Association Kokopelli n’a plus besoin de présentation, surtout depuis qu’elle a été assignée devant les tribunaux en 2006. L’Association Kokopelli qui propose plus de 1 200 variétés anciennes de légumes, fleurs et céréales issues de l’agriculture bio, est assignée en justice par la société Graines Baumaux qui considère comme déloyale la concurrence de l’Association. Il est vrai que pour être légalement commercialisée, une variété potagère doit être inscrite sur le catalogue officiel des espèces et variétés de légumes, et que les semences anciennes, proposées par l’Association Kokopelli, ne figurent pas toutes sur ce catalogue dont les portes sont grandes ouvertes aux variétés hybrides. Au-delà de l’assignation de Kokopelli devant les tribunaux, c’est le droit de chacun à cultiver, semer, acheter, transmettre, consommer, tout végétal qui est mis en cause. Si Kokopelli devait cesser cette diffusion, d’autres structures pourraient suivre le même chemin, remettant en cause la conservation de centaines de variétés spécifiques, faute d’un relai de distribution. (Source : Pascal Farcy, www.univers-nature.com)
Au-delà des conflits actuels entre Kokopelli et Graines Baumaux, un éventail de semences anciennes pour le moins impressionnant est offert par ces deux organisations. Au menu, des variétés qui trônent au sommet du palmarès du patrimoine potager mondial comme la betterave Crapaudine (une des plus anciennes variétés de betterave dans le monde), la carotte de St-Valéry, le chou des Vertus, la tomate Prune rouge ou encore le concombre Lemon. Vous pouvez tout simplement vous rendre sur les sites Internet de ces entreprises et commander les semences qui vous plaisent le plus. Et hop! un petit pas pour la conservation de la biodiversité végétale!
Du côté canadien, un concept pour le moins convivial rallie une centaine de passionnés de ces semences d’autrefois. Il s’agit de l’échange de semences pur et simple. Pour un minime coût d’inscription annuel, les membres de Semences du patrimoine ont accès à un catalogue complet qui détaille qui possède des semences de telle ou telle variété parmi les autres membres. Les échanges s’organisent alors de manière amicale, moyennant un minime montant, certains demandant aussi des timbres-poste ou de l’argent Canadian Tire en retour. Une fois que vous produisez vous-mêmes des semences, vous pouvez alors les offrir aux membres et la roue tourne ainsi tout simplement.
Le même principe prévaut aussi aux États-Unis qui ont l’impressionnant Seed Savers Exchange, un portail complet et exhaustif sur les semences anciennes. En Angleterre, on peut se rendre sur le site de Chiltern Seeds.
Finalement, plusieurs petits grainetiers et d’autres plus commerciaux (Richters, Stokes par exemple) vendent également des variétés anciennes de semences. Il suffit de lire attentivement et de repérer les notices historiques qui pourraient nous mettre sur la bonne piste. L’Internet est, en ce sens, une véritable mine d’information qu’il ne faut pas négliger. Plusieurs catalogues de semences peuvent aussi nous être envoyés gratuitement.

Le topinambour, ici la variété rouge, est un légume racine de la même famille que le tournesol. À découvrir, il goûte un peu l’artichaut, la châtaigne, la pomme de terre.
Patrimoine gustatif
Pour ma part, c’est surtout la passion de mon conjoint pour ces semences d’autrefois qui m’amène aujourd’hui à m’intéresser à ce sujet quasi inépuisable. Arrivée à la campagne dans une demeure ancestrale en 2004, notre grand terrain devient de plus en plus un laboratoire pour la culture de variétés du patrimoine.
Mon conjoint espère surtout concentrer ses efforts en cultivant des variétés du patrimoine québécois. Variétés que nous retrouvions du temps des Amérindiens comme le maïs de Gaspé ou la citrouille Connecticut Field, variétés qui faisaient la joie des premiers colons à l’époque de la Nouvelle-France tels le topinambour, le melon de Montréal et la carotte Blanche à Collet vert, variétés plus contemporaines comme la tomate Plourde, le rutabaga Laurentian et l’ail Northern Quebec. Les possibilités sont infinies, mais pourtant si méconnues des gens en général. Il faut voir les yeux interrogatifs lorsque nous parlons de semences anciennes!
Lorsque nous pensons au mot « patrimoine », nous avons tout naturellement en tête objets usuels, richesses immobilières, bâtiments religieux, artefacts. Pourtant, au-delà de ces considérations assez matérielles, le patrimoine se retrouve parfois à des endroits insoupçonnés. Dans nos mémoires, dans les livres, dans la tradition orale et pourquoi pas, dans notre potager! Car, l’alimentation a, depuis toujours, fait partie de l’Histoire. Une histoire plus effacée, certes, mais si riche!

Notre récolte de citrouilles Jack O’Lantern en 2006, une variété classique du patrimoine nord-américain.

Pour une petite tomate dont tous sauront se régaler, sucrée et très très productive, plantez des semences de tomates Petit Moineau, une variété du patrimoine québécois.